PROFIL MICROBIOLOGIQUE ET DE RÉSISTANCE DES BACTÉRIES ISOLÉES DE PRÉLÈVEMENTS URINAIRES EN MILIEU COMMUNAUTAIRE DANS UN LABORATOIRE DE VILLE
Manar*
ABSTRACT
Objectifs: Les infections urinaires (IU) figurent parmi les infections bactériennes les plus fréquentes en soins ambulatoires. Face à l’augmentation des résistances, cette étude vise à décrire le profil microbiologique et les résistances aux antibiotiques des bactéries isolées d’IU communautaires à Rabat, en distinguant en particulier les patients porteurs de sondes urinaires (IU compliquées[9]). L’objectif est de combler le manque de données locales sur l’antibiorésistance en milieu communautaire. Méthodes: Étude rétrospective réalisée de décembre 2022 à septembre 2024 au Laboratoire du Maghreb (Rabat). Les examens cytobactériologiques des urines (ECBU) de 215 patients ambulatoires ont été analysés, dont une sous-analyse dédiée aux 27 patients sondés. Seuls les prélèvements répondant à des critères stricts (présence de leucocyturie significative et bactériurie positive ≥10^3 UFC/mL) ont été retenus. Les données cliniques et microbiologiques (âge, sexe, statut sondé, germe isolé, antibiogramme) ont été recueillies. L’identification bactérienne et les tests de sensibilité aux antibiotiques ont été effectués selon les protocoles standards (ensemencement sur milieux usuels, galerie biochimique) et interprétés suivant les recommandations EUCAST/CA-SFM.[10] Les phénotypes de résistance (β-lactamases à spectre étendu BLSE, carbapénémases) ont été systématiquement recherchés. Les résultats sont exprimés en pourcentages et analysés de façon descriptive. Résultats: Sur 215 patients, 188 (87,4 %) n’étaient pas sondés. Leur âge moyen était de 67 ans, avec une prédominance féminine (76,6 %). Parmi les bactéries isolées, 88,8 % étaient des bacilles à Gram négatif (BGN) et 11,2 % des cocci Gram positif (CGP). Escherichia coli était le germe majoritaire (82 % des isolats totaux), suivi de Klebsiella pneumoniae (9,5 %) et de Proteus mirabilis. Les CGP (11,2 %) comprenaient surtout des entérocoques et staphylocoques. Chez E. coli, on observait une résistance élevée à l’amoxicilline (66 %), modérée à l’association amoxicilline-acide clavulanique (31 %), aux fluoroquinolones (34 %) et au cotrimoxazole (36 %). Aucun cas de résistance aux carbapénèmes n’a été détecté. Le taux de BLSE atteint 11 %. K. pneumoniae présentait une résistance intrinsèque à l’amoxicilline (100 %), et restait relativement sensible à l’amoxycilline-ac. clavulanique (seulement 18,75 % de souches résistantes) et à la gentamicine (6,25 %). En revanche, 25 % des K. pneumoniae étaient résistantes aux céphalosporines de 3? génération (C3G) ainsi qu’aux fluoroquinolones, 18,75 % aux carbapénèmes, et 43,75 % au cotrimoxazole; 6,25 % produisaient une BLSE. Chez les 27 patients sondés (âge moyen 78 ans, 81,5 % d’hommes), le spectre bactérien était plus diversifié, incluant des espèces opportunistes nosocomiales (Pseudomonas aeruginosa, Acinetobacter baumannii). Leurs entérobactéries montraient des taux de résistance très élevés : BLSE confirmée dans 31,6 % des cas, production de carbapénémases dans 21,1 %, résistance aux fluoroquinolones proche de 60 %, et au cotrimoxazole de 42 %. Conclusion: Cette étude communautaire à Rabat confirme la prédominance d’E. coli dans les IU ambulatoires, mais met en évidence une progression préoccupante des résistances aux antibiotiques usuels. La présence de clones multirésistants de K. pneumoniae en ville et les taux alarmants observés chez les patients sondés soulignent l’urgence de renforcer la surveillance microbiologique et d’adapter les recommandations thérapeutiques nationales.[15] Des mesures de bon usage des antibiotiques doivent être intensifiées en médecine de ville, conformément aux alertes de l’OMS sur l’antibiorésistance[3], afin de préserver l’efficacité des traitements de première intention.
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